“Je voulais filmer des gens qui cherchent une deuxième chance” : interview avec David Walter Hall, réalisateur
Cédric Bardaji et Benitez
5–6 minutes
Originaire de Belfast, David Walter Hall signe là un premier long-métrage émouvant, qui prend place dans les rues et plages agathoises. À quelques jours de l’avant-première, qui sera diffusée lundi 25 août au cinéma Le Travelling, le réalisateur raconte les dessous de l’écriture et du tournage de Passing Through.
Pourquoi avoir choisi de tourner ce film à Agde ?
C’est un territoire que je connais bien. J’y suis venu pour la première fois pour des vacances entre amis à 18 ans, et j’y suis revenu deux ans plus tard, quand j’étais étudiant. J’étais hébergé chez quelqu’un que je connaissais et je faisais des petits boulots. Entre temps, mes parents m’ont visité et sont tombés amoureux de la ville. Ils ont décidé d’acheter une maison, où je viens depuis passer toutes mes vacances d’été.
Il s’agit donc d’une autobiographie ?
Pas vraiment, les problèmes rencontrés par les personnages ne sont pas du tout les miens. Mais c’est clair qu’il y a des similitudes avec ma famille, qui est partie voyager pour trouver quelque chose de différent, et qui a fini par trouver sa place ici à Agde. L’idée pour moi était avant tout de tourner un film autour des gens qui cherchent une deuxième chance. D’ailleurs, quand j’ai commencé à écrire le script, le titre était Second Chances. Ici à Agde, j’ai connu beaucoup d’anglais, souvent des artistes, qui sont venus trouver une autre vie, une forme de renaissance. Et dans le film, chacun des quatre personnages principaux cherche, à sa manière, à renaître.
Ça faisait longtemps que vous aviez l’idée de faire un film sur ce thème ?
La plupart des cinéastes pensent à des idées de films dès leurs 20 ans, et après ça peut leur prendre 20 ans supplémentaires avant qu’ils se posent derrière une caméra. Moi, ça ne m’intéressait pas quand j’étais plus jeune, j’écrivais surtout des pièces de théâtre. J’ai eu l’idée de faire le film en 2017, et j’avais déjà 35 ans. J’ai rencontré par hasard un homme très sympathique dans un bar à New York, qui se trouvait être producteur de films. Quand je lui ai parlé de mon scénario, il a immédiatement dit “ça, c’est le genre de films que je veux produire”. Donc c’est allé très vite : du début de l’écriture à la fin du tournage, il a fallu seulement deux ans. C’est après que ça a été long.
C’est-à-dire ?
Eh bien c’est-à-dire que le tournage et une grosse partie du montage se sont terminés en 2019, au moment du Covid. Donc pendant deux ans, on n’a presque rien fait et on n’avait même pas les musiques, qui sont très importantes dans un film. Ce n’est qu’en 2023 qu’on a pu faire des festivals en Angleterre. Et au moment où je voulais faire la projection, en 2024, le groupe qui détenait les droits de la musique du film a demandé des droits d’auteur plus importants que le budget total du film. J’ai dû écrire une nouvelle chanson à la hâte, alors que je ne suis pas du tout parolier. Tout ça fait que ça a pris beaucoup plus de temps que prévu.
Le film a-t-il été pensé spécialement pour certains acteurs ?
Pas vraiment, mais j’ai choisi les deux acteurs principaux. Angela Koo était mon premier choix pour le rôle Iona, et Mark Little jouait dans un soap opera très populaire au Royaume-Uni quand j’étais enfant. Pour le reste, ce sont les acteurs qui m’ont contacté après avoir lu les annonces sur internet. C’est ce qui m’a permis d’avoir quelques “locaux” dans le film. Helen Buday, qui joue le rôle de Janet, est australienne mais vit à Pézenas depuis des années. Thierry Patrac, qui joue le père de famille gitan dans le film, est un Agathois. Il a été particulièrement important dans le tournage.
En quoi a-t-il été important ?
Il m’a particulièrement aidé dans la réalisation de la scène de la soirée gitane. J’avais déjà été invité plus jeune à une soirée de ce genre, et je voulais rendre hommage à la communauté gitane d’Agde. Mais c’est facile d’écrire ce genre de scènes, sans savoir comment l’organiser. C’est là que Thierry a été très utile.
Que diriez-vous pour donner envie aux gens de venir voir votre film ?
Pour les Agathois, ça peut leur permettre de comprendre qu’est-ce qui motive les nombreux touristes à venir et à revenir à Agde chaque été, voire à s’installer définitivement. Et pour les étrangers, c’est l’opportunité de voir le reflet de la vie qu’ils mènent, sur grand écran.